Les agressions sexuelles entre frères et soeurs (opd 1997)

Les agressions sexuelles entre frères et soeurs
Guide à l’intention des parents

“Il peut être difficile d’admettre qu’une situation d’exploitation sexuelle pourrait exister entre vos enfants. Le principal, c’est de se faire aider.”

(Courtesy of Family Services of Greater Vancouver)

Pourquoi ce livret ?

Ce livret s’adresse ,aux parents qui connaissent ou soupçonnent l’existence d’agressions sexuelles entre leurs enfants et qui désirent y remédier. Il s’adresse aussi aux parents qui veulent comprendre et prévenir les agressions sexuelles entre frères et soeurs dans leur famille. Beaucoup de parents refusent de penser que ce phénomène pourrait toucher leur famille; ce livret a pour objet de les ,aider à voir la réalité en face, d’une re manière éclairée et réaliste.

Qu’entend-on par agressions sexuelles entre frères et soeurs ?

Les agressions sexuelles entre frères et soeurs, comme toute les formes d’agression sexuelle, constituent un abus de pouvoir. Lorsque dans une famille un enfent, profitant de son âge ou de sa force, exerce un chantage ou des menaces sur un enfent plus faible pour le forcer à commettre un acte sexuel, on parle d’agression sexuelle. En général, l’agresseur commence par se gagner la confiance de la victime, avant de trahir cette confiance pour commetre son délit. L’agresseur petit recourir a la force, a des menaces corporelles, au chantage ou bien a la promesse d’une attention particulière ou d’un cadeau pour que la victime conserve le secret. Dans le cas qui nous occupe, la victime et l’aggresseur sont des enfents d’une même famille, qui peuvent être issus de marriages différents, ou dont l’un ou l’autre peut être enfant adoptif.

Par ailleurs, cette forme d’aggresion sexuelle, comme les autre, ne sous-entend pas nécessairement qu’il y ait contact physique. L’agresseur peut en effet obliger d’autres enfants à commettre des actes sexuels entre eux. Il peut aussi le forcer à assister à des actes sexuels ou à regarder des films pornographiques. Il peut aussi leur demander de façon répétée, contre leur gré, de s’habiller, de se laver ou d’aller à la toilette en sa présence.

La confiance est primordiale dans une famille, mais un enfant à qui l’on confie beaucoup de responsabilités et de pouvoir peut abuser de cette confiance. Les agressions sexuelles entre frères et soeurs surviennent souvent lorsque les parents négligent de prêter attention à la confiance qu’ils ont mise dans l’un de leurs enfants.

Quels sont les effets des agressions sexuelles entre frères et soeurs ?

Les agressions sexuelles entre frères et soeurs ont fréquemment des effets très dommageables pour les raisons suivantes:

Les enfants vivant ensemble, la victime peut se sentir contrainte et prise au piège par l’agresseur pendant un temps prolongé. Cette contrainte peut consister en des actes de chantage, de stimulation sexuelle ou de violence physique. Si vous autorisez, par exemple, votre fils aîné à frapper les enfants dont il a la garde, il risque de continuer à utiliser la force et la menace pour que ses jeunes frères et soeurs ne dévoilent pas les agressions sexuelles qu’il commet. Cette forme de contrainte peut amener les fréres et soeurs à perdre confiance en eux.

Au départ, la victime fait habituellement confiance à l’agresseur à cause des liens familiaux qui les unissent. Lorsqu’un frére ou une soeur abuse de cette confiance, l’enfant se sent trahj, blessé qu’il est par quelqu’un dont il attendait amour et attention. En outre, vos jeunes enfants s’en remettent naturellement à vous afin que vous trouviez, pour les garder, une personne fiable et bienveillante. Lorsque la personne que vous choisissez les exploite, ils peuvent de nouveau se sentir trahis, mais cette fois par vous. Ils peuvent même avoir l’impression que vous approuvez ces mauvais traitements.

Les victimes se sentent habituellement impuissantes à mettre fin à la situation. Elles se sentent incapables d’arrêter l’agresseur, à cause des menaces qu’il fair peser sur elles. Elles peuvent aussi se sentir démunies si vous refusez de croire leurs révélations. Ce sentiment d’jmpuissance peut se maintenir en elles et nuire à leur vie d’adulte.

Il peut arriver que les victimes se sentent responsables, ou qu’elles aient mauvaise conscience. Si vous déclarez a vos jeunes enfants qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent, ou si vous les traitez de « cochons » ou de « débauchés » ils vous croiront et ils auront honte. Et cela peut leur rester jusqu’à l’âge adulte.

Les agressions sexuelles entre fréres et soeurs sont souvent plus dommageables que si elles étaient commises par un étranger. C’est parce que, pour leur sécurité, les enfants dépendent de leur famille et de leurs parents pendant des années. Il resort d’études effectuées sur des agresseurs sexuels adolescents que ceux qui s’en prennent à leurs fréres et soeurs commettent des déilits plus graves et pendant de pluss longues durées comparativement aux autres délinquants du même âge. Ce phénomène s’explique par le fait que les victimes (fréres et soeurs) sont d’un accés plus facile, et cela pendant un laps de temps plus long, el que les agresseurs sout protégés par la loi familiale du silence.

Si vous connaissez ou soupçonnez l’existence d’actes d’exploitation sexuelle entre vos enfants, prenez des mesures. Si vous n’agissez pas, en pensant que « cela leur passera », vous ne ferez qu’entretenir le mal et le silence.

Est-il normal qu’une curiosité sexuelle existe entre fréres et soeurs ?

Oui. Si votre fille de quatre ans touche le pénis de son petit frére pendant que sa mère est en train de le changer, elle démontre une curiosité qui est normale. Il se peut qu’elle n’ait encore jamais vu de pénis et qu’elle veuille savoir à quoi cela ressemble. Lorsque votre garçon de cinq ans découvre les organes génitaux de sa soeur, il se demande peut-être ce qu’elle a fait de son pénis, si elle l’a perdu ou s’il doit lui en pousser un. Il lui faudra peut-être quelques autres observations et poser des questions pour comprendre que les garçons et les filles ne sont pas faits pareils. En tant que parent, vous pouvez profiter de cette occasion pour donner à vos enfants quelques éléments d’éducation sexuelle adaptés a leur âge.

Si, par contre, votre garçon de 14 ans demande à voir les organes génitaux de sa soeur de cinq ans, il ne manifeste pas une curiosité normale. À cet âge, en principe, il devrait savoir de quoi un sexe féminin a l’air. Il faut donc l’interroger sur son motif. Il se demande peut-être quelle impression cela fait de toucher les organes génitaux d’une femme avec le doigt ou le pénis. Mais satisfaire ainsi sa curiosité avec sa petite soeur tiendrait du délit.

Les enfants de quatre et cinq ans qui baissent leur pantalon pour comparer leurs parties génitales n’agissent probablement que par curiosité. Mais s’il advenait qu’ils persistent dans cette attitude ou que, à mesure que le temps passe, ils se touchent mutuellement le sexe d’une manière répétée, vous devriez y voir de près. Si cela vous semble dépasser la simple curiosité, il existe la possibilité que l’un des enfants ait été victime d’agressions sexuelles et qu’il entre maintenant dans le rôle de l’agresseur.

Il n’est pas bon de penser que tous jeux sont inoffensifs. Il vaut mieux essayer de comprendre ce qui se cache derrière un comportement. Voici quelques questions que vous pouvez vous poser, ou poser à un professionnel:

Est-ce le comportement que vous attendriez d’un enfant de cet âge ?

Depuis combien de temps le comportement en question se manifeste-t-il ?

Avez-vous l’impression que l’un des enfants joue à contrecoeur ?

À quoi le comportement en question vise-t-il ?

Voici quelques exemples de comportements que l’on trouve chez les enfants d’âge préscolaire:

Comportement normal-Se touche le sexe avant de s’endormir.Cherche à comprendre ce qui diffdrencie les garçons et les filles.Aime observer les adultes dans la salle de bains.Joue « au docteur » avec d’autres enfants.Joue « au papa et à la maman », en alternant les rô1es. Comportement alarmant-Se touche fréquemment le sexe au lieu de jouer.Insiste après qu’on a répondu d’une manière acceptable à ses questions sur le sexe.S’obstine à observer les adultes dans la salle de bains.Oblige d’autres enfants à jouer au docteur.Imite des actes sexuels.

Si vous ne savez quoi penser d’un comportement donné, adressez-vous à un professionnel (médecin, infirmiére ou conseiller d’école, travailleur social, responsable de garderie, psychologue spécialiste des enfants, etc.). Vous pourriez aussi consulter la brochure intitulée When Children Act Out Sexually: A Guide for Parents and Teachers.

 

Quel rapport y a-t-il entre forme d’agression el d’autres formes d’agression ?

Les agressions sexuelles entre fréres et soeurs dénotent un abus de pouvoir et d’autorité. Il est fréquent que les enfants qui exploitent sexuellement leurs jeunes friéres et soeurs profitent également d’eux sous d’autres formes.

L.’acte qui consiste à rabaisser, tourmenter ou humilier continuellement un enfant plus jeune à propos de sa taille, de son sexe ou d’autres traits personnels est appelé cruauté mentale. Effrayer de jeunes enfants dans le noir, leur raconter que personne ne les aime ou leur annoncer que des choses terribles vont leur arriver, c’est aussi faire preuve de cruauté mentale.

Pour rassurer leurs parents, les enfants qui s’amusent a frapper, pincer ou étouffer des fréres et soeurs plus faibles ou moins âgés déclarent le plus souvent que « ce n’était qu’un jeu » ou « une simple bagarre ». Mais, à partir du moment où l’enfant le plus jeune subit une contrainte, il ne s’agit plus d’un « jeu », mais de sévices.

Si vous ne pouvez empêcher vos enfants de se livrer à des cruautés mentales et physiques les uns sur les autres, il vous sera probablement encore plus difficile d’éviter les actes d’agression sexuelle. Les enfants qu’on laisse maltraiter leurs fréres et soeurs sur le plan affectif et physique risquent fort de profiter aussi de leur pouvoir sur le plan sexuel.

Histoire de Frank

En vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants, Frank a été accusé d’avoir agressé

sexuellement sa jeune soeur Kathy. Son agent de probation a décidé d’appliquer la décision rendue par le tribunal, voulant que Frank suive des séances de counseling.

Frank. âgé de 15 ans, a expliqué au conseiller que ses camarades de classe étaient plus forts et sexuellement plus « doués » que lui, et que l’un d’entre eux l’avait mis au défi de faire l’amour avec une fille. Or, il n’aurait jamais osé parler à une fille, et encore moins sortir avec elle. Il a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec sa jeune soeur Kathy un soir qu’il en avait la garde.

Sa mère a alors révélé au conseiller que, à plusieurs reprises, le pére de Frank l’avait forcée a faire l’amour en présence de leurs enfants. Elle a aussi raconté qu’il la battait souvent lorsque le repas n’était pas prêt à l’heure.

Le conseiller lui a recommandé de mettre Frank et Kathy dans un foyer de transition à titre temporaire, en attendant de décider si elle devait rester ou non avec son mari.

 

Plusieurs facteurs ont conduit Frank à commettre son délit. Son pére faisait subir à sa mére des mauvais traitements d’ordre physique, mental et sextual; il se comportait aussi en pére abusif, sur le plan sexuel et affectif, en contraignant sa mére à avoir des rapports sexuels devant Frank; et, par son exemple, il amenait Frank à penser qu’il était acceptable pour un pére de famille d’user de la force sur sos proches. Pour aggraver le tout, il faisait régner sur la famille une discipline tellement stricte que Frank ne pourvait mener une vie sociale normale avec les autres adolescents. C’est pourquoi, sous la pression de ses camarades, il a essayé d’obtenir les renseignements et l’expérience qui lui manquaient en violentant sa jeune soeur.

Dans le cas des agressions sexuelles entre fréres et soeurs, il est très utile que le tribunal ordonne des séances de counseling. Frank a ainsi pu apprendre quelques aptitudes sociales qui lui ont permis de mieux se sentir dans sa peau avec les enfants de son âge, et il a cessé d’imiter le comportement abusif de son pére. Il a aussi appris à se sentir responsable de son propre comportement et à se maîtriser. Cette crise familiale a eu d’autres issues heureuses: la mére de Frank a réussi à couper les ponts avec son mari abusif et Kathy a commencé à voir un conseiller en agressions sexuelles. Après l’avoir jugé coupable, le tribunal a condamné le pére de Frank à consulter des services de counseling et à modifier sa façon de traitor les femmes et les enfants.

Quels facteurs contribuent aux agressions sexuelles entre fréres et soeurs ?

Il n’existe pas qu’une seule cause à ce phénomène, mais plusieurs, dont voici quelques exemples:

Enfant plus âgé que les autres, généralement un garçon. à qui l’on confie trop de responsabilités. Dans une famille, il est important que les ainés apprennent à prendre soin de leurs jeunes fréres et soeurs. Mais il est tout aussi important qu’ils sachent que ces responsabilités sont limitées. Elles leur donnent le droit de prendre des décisions lorsqu’ils ont la garde d’enfants plus jeunes, mais pas le droit de los régenter, de les accabler ni de les menacer. En tant que parent, vous devez leur faire voir qu’être responsable ne signifie pas agir selon son bon vouloir. Frank est un bon exemple de garçon aîné qui fait mauvais usage des responsabilités qu’on lui donne.

Enfants témoins ou victimes d’agressions sexuelles. Les enfants sexuellement exploités par des membres de leur famille, par des adultes ou par des enfants plus âgés réagissent parfois en faisant subir le même genre de traitement à des enfants plus jeunes à force de cajoleries, de manipulations ou de contrainte. Les fréres et soeurs peuvent ainsi devenir aussi des victimes par contre-coup. Des personnes qui reproduisent de cette façon leur passé d’individus agressés sexuellement, on dit partois qu’elles sont. « sexuellement réactives ». Il est pour vous important de savoir que les enfants victimes d’actes sexuels peuvent devenir des « délinquants sexuels ».

Pornographie facile d’accès. Les parents qui laissent à la portée de leur progéniture des films ou des magazines pornographiques courent le risque de voir leurs enfants imiter les comportements sexuels des adultes.

Négligence. Lorsque des enfants sont négligés, sur le plan physique ou affectif, l’idée peut leer venir de se livrer à toutes sortes d’expériences sexuelles, avec l’exemple d’autres enfants ou par eux mêmes, pour essayer d’en retirer du plaisir. Un tel comportement peut s’expliquer en partie par leur besoin de donner et de recevoir un peu de la chaleur humaine dont ils sont dépourvus dans leur famille.

À premiére vue, il peut sembler que les relations sexuelles entre fréres et soeurs qui commencent de cette façon obéissent à un besoin tie curiosité et soient mutuellemcnt consenties. C’est pourtant rarement le cas, à cause des différences de pouvoir qui existent entre les enfants. Lorsque ce comportement persiste, il peut devenir abusif, surtout si l’un des enfants désire y mettre fin et l’autre non.

Absence d’éducation sexuelle. Les enfants à qui l’on ne donne pas une éducation adaptée à leur âge sur leur développement physique et sexuel ont plus tendance à devenir des agresseurs sexuels.

Vie sociale insuffisante. À l’instar de Frank, les enfants qu’on ne laisse pas jouer avec leurs camarades et les adolescents à qui on interdit de faire des connaissances, de danser ou de rencontrer leurs amis en dehors de la maison ont une plus grande propension à exploiter sexuellement leurs jeunes fréres et soeurs.

Déni de la réalité. Nous avons souvent tendance à penser que notre famille est exempte des problémes et des tensions qui régnent dans les autres familles. Réagir de cette façon, essayer de minimiser un comportement inhabituel ou faire comme s’il n’existait pas, c’est manifestcr un « déni de la réalité ». Certains parents peuvent choisir de fermer les yeux sur les incidents survenus parce qu’ils leur rappellent de mauvais souvenirs. Certes, ce genre de réaction ne peut étre la cause d’agressions sexuelles entre fréres et soeurs, mais elle contribue à les entretenir.

Sentiment d’impuissance. Lorsque vous vous sentez irapuissant face à vos propres problémes (stress émotionnel, maladie, chômage, etc.), il peut arriver qu’un incident échappe , é votre attention. Dans ce cas, votre famille plus éloignée ou un organisme de services sociaux pourra peut-être vous apporter un soulagement et vous aider à y voir plus clair dans votre famille.

Pourquoi peut-il être difficile de reconnaitre les agressions sexuelles entre fréres et soeurs dans ma famille ?

Pour les parents, il peut être difficile de reconnaître qu’il existe une situation d’exploitation sexuelle entre leurs enfants. Il y a à cela plusieurs raisons:

La victime peut être trop jeune pour se rendre compte de la situation. Elle peut penser que c’est quelque chose qui se fait dans toutes les familles.

L’incident peut survcnir lorsque lagresseur se trouvc en position de force, par exemple lorsqu’il a la garde de son petit frére ou de sa petite socur.

L’agresseur peut coutraindre sa vivtime au silence en la menaçant de violence physique.

La victime s’attribue la faute de l’incident, surtout lorsqu’elle en a refité du plaisir, ce qui peut expliquer son silence.

L’enfant agressé désire peut-être vous parler, mais ne sait pas s’y prendre. Beaucoup d’enfants aussi craignent de causer du souci à leurs parents.

Il se peut aussi que vous vous doutiez de quelque chose mais quc vous choisissiez de vous fermer les yeux.

Les parents qui ont l’habitude de faire le bilan de la journée avec leurs enfants et de leur demander si tout va bien ont plus de chances de dépister les cas d’agression sexuelle entre fréres et soeurs.

Si l’un de mes enfants exploite un de ses fréres et soeurs, que dois-je faire ?

Si l’un de vos enfants exploite sexuellement un de ses fréres et seours, signalez l’incident à l’agence de protection de l’enfance de votre province. La procédure à suivre peut varier d’une province à l’autre, mais cet organisme a pour rô1e d’aider la victime comme l’agresseur. Si l’enfant a 12 ans ou plus, l’agence de protection de l’enfance doit impérativement avertir la police. La police décide alors s’il convient ou non de porter une accusation contre l’enfant. Si l’enfant est âgé de moins de 12 ans, aucune accusation d’agression sexuelle ne peut être portée contre lui.

Il peut être difficile d’admettre qu’une situation d’exploitation sexuelle pourrait exister entre vos enfants. Et c’est peut- être encore plus difficile lorsqu’il faut l’avouer à quelqu’un d’autre. Le principal, c’est de se faire aider. Cette aide peut souvent s’obtenir auprés de la famille ou des amis, mais il se peut aussi que vous deviez vous en remettre à des tiers. Il s’agit souvent de professionnels. La découverte de la réalité plonge souvent les parents dans un état de désespoir et de confusion. Vous pouvez ressentir de la déception et vous dire que vous avez échoué dans votre rô1e de mére ou de pére. Joignez-vous à un groupe d’aide aux parents afin de mieux comprendre la nature de vos sentiments et de mieux les assumer.

Quel que soit 1’âge de votre enfant, plusieurs choses peuvent se passer aprés que vous avez pris contact avec l’agence de protection de l’enfance:

Enfant de moins de 12 ans

Beaucoup de centres de counseling qui s’occupcnt des victimes d’agressions sexuelles ont aussi des programmes destinés aux auteurs d’agressions de ce type âgés de moins de 12 ans, Souvent, ces enfants font eux-inêmes l’objet d’une exploitation sexuelle. Ils ont besoin d’être conseillés en tant que victimes, mais aussi pour qu’ils modifient leur comportement à l’égard des autres enfants.

Enfant de 12 ans et plus

Il y a plusieurs avantages à faire intervenir la police et la justice criminelle l’orsque l’agresseur est un enfant de plus de 12 ans:

Cela permet de faire le point sur le sérieux avec lequel notre société considére les agressions sexuelles.

La victilime sait qu’on la croit.

L’agrcsseur peut obtenir l’aide néccssaire

Le juge peutt préparer un plan de traitement pour l’agresseur.

Ce traitement peut prendre plusieurs formes. Une solution consiste à laisser le jeune agresseur en liberté surveillée, en l’obligeant à recevoir des services de counseling dans son foyer. Un agent dé probation sera alors chargé de veillor à ce que l’ordonnance du juge soit respectée.

Si le délit est suffisamment grave, le jeune agresseur peut être placé pendant un certain temps en centre de détention. Ces centres emploient des conseillers et des travailleurs sociaux spécialisés dans le traitement des agresscurs sexuels adolescents. Le traitement peut consister en des réunions de groupe pendant lesquelles l’agresseur réfléchit attentivement à son comportement, et en des services de counseling personnalisés qui l’aident à comprendre ses actes. On peut aussi apprendre à l’agresseur quelques moyens élémentaires de bien vivre en société: comment se faire des amis de son âge, comment prendre rendez-vous avec une jeune fille, comment acquérir un bon comportement sexuel. Le plus important, c’est que

les services de counseling obligatoires peuvent empêcher le jeune de persister dans la délinquancc à l’âge adulte.

S’il existe dans votre province un programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels, il se peut que les vjctimes d’agressions sexuelles entre fréres et soeurs aient droit à des services de counseling gratuits. Le travailleur social ou l’employé des services d’aide aux victimes qui s’occupe de vous devrait pouvoir vous renseigner. Unc fois que vous aurez signalé l’incident, il pourra être important; pour que votre famille s’en remette, que l’agresseur comme les victimes suivent des séances de counseling.

Histoire de Jacques

Jacques, âgé de 12 ans, a senti des pulsions sexuelles monter en lui alors qu’il regardait un film vidéo rock. Il s’est alors demandé quelie impression cela lui ferait de voir sa soeur Carole-Anne, 8 ans, danser hue devant lui. À deux ou trois reprises, cornme ses parents étaient sortis pour la soirée, il a réussi à la convaincre de se déshabiller et de danset devant le téléviseur. Il lui a affirmé qu’un jour elle serait une grande danseuse et une rockeuse célèbre. Par la suite, Carole-Anne a pris l’habitude de passer et repasser devant le téléviseur juste pour attirer son attention. Un jour que Jacques se plaignait d’être gêné par Carole-Anne, cette derniére a raconté à sa mére ce que Jacques lui avait demandé de faire. Sa mére s’est rendue à l’évidence que Jacques avait eu un comportement abusif.

 

Comment puis-je intervenir pour mettre fin aux agressions sexuelles entre fr~res et soeurs ?

Rappelez-vous que, lorsque vous prenez connaissance d’un comportement abusif, vous devez le signaler à l’agence de protection de l’enfance.

Si vous avez besoin d’aide, vous aurez peut-être intérèt à voir un conseiller ou à prendre contact avec un groupe d’aide aux parents.

Essayez de trouver une occasion et un endroit pour discuter avec vos enfants dans le calme. Ce pourra être dans la salle de séjour ou autour de la table de la cuisine. Cela dépend de l’endroit où vos conversations familiales se tiennent habituellement.

Demandez aux enfants concernés quels sentiments ce comportement fait naitre en eux. Demandez à l’enfant délinquant comment, d’après lui ou elle, se sent la victime. Exemple: , « D’après toi, Jacques, qu’a pu penser Carole-Anne pendant qu’elle faisait ce que tu lui demandais ? »

Énoncez le problème, puis parlez-en. Exemple: « Carole-Anne dansait nue devant le poste de télévision parce qu’elle croyait qu’elle devait faire tout ce que tu lui demandais. »

Entendez-vous sur les mesures à prendre. Dans le cas de Carole-Anne et de Jacques, celui-ci a décidé de ne plus forcer Carole-Anne é faire ce qui ne lui plaisait pas, et de respecter l’intimité de sa soeur. Quant à Carole-Anne, elle s’est engagée à signaler tout nouvel abus de pouvoir éyentuel é sa mere. Les deux enfants ont convenu de faire intervenir l’un de leurs parents s’ils ne pouvaient pas remédier à la situation par eux-mêmes.

Vérifiez réguliérement si les engagements pris des deux côtés sont tenus.

Profitez de ce genre d’occasion pour réfléchir à certains des problémes sous-jacents et pour en discuter. Comment réagir, par exemple, face à l’intérêt de Jacques pour les films vidéo rock é connotation sexuelle, ou face à son excés d’autorité ? Comment réagir quand on s’aperçoit que Carole-Anne est prête à faire tout ce que lui demande son frére, qu’elle aime les flatteries, qu’elle a besoin d’attention ? Ce sont des problèmes auxquels beaucoup de familles sont confrontées quotidiennement. La façon dont elles y réspondent à une grande incidence sur leur aptitude à prévenir les agressions sexuelles et à y mettre fin.

Comment prévenir les agressions sexuelles entre fréres et soeurs dans ma famille ?

La meilleure façon de prévenir les agressions sexuelles entre fréres et soeurs est de prêter attention à vos enfants:

Prévoyez chaque jour un moment pour permettre à vos enfants de vous raconter ce qu’ils ont fait ou les sentiments qu’ils ont éprouvés pendant la jourrnée. Ce pourra être aprés le retour de l’école ou avant le coucher.

Assurez-vous que la personne qui a la garde des enfants s’en occupe bien, que cette personne soit un membre de la famille ou non. Au petit déjeuner, vous pouvez poser à vos enfants des questions précises sur la soirée précédente. Ont-ils regardé, par exemple, leur émission de télévision préférée ? Ont-ils joué à des jeux vidéo ? Se sont-ils bien entendus avec leur gardien ou leur gardienne ? Cette personne s’est-elle montrée gentille ? Aimeraient-ils qu’elle s’occupe encore d’eux ?

Soyez disposé à parler de sexualilé. Regardez en famille des films d’éducation sexuelle et lisez avec vos enfants des livres sur le sujet. Essayez de trouver à la bibliothéquc des documents éducatifs adaptés à l’âge de votre enfant.

Demandez que, darts l’école de vos enfants, on passe des films et on donne des cours sur la prévention des agressions sexuelles. La plupart des écoles le font, mais cela ne coûte rien de vous renseigner. Le message transmis est habituellement le suivant: « Si quelqu’un te fait faire quelque chose qui ne te semble pas normal, parles-en à un adulte de confiance. »

Sachez à quel endroit vos enfants jouent, et avec qui. Redoublez de prudence s’ils fréquentent des enfants portés sur les jeux a connotation sexuelle.

Expliquez à vos enfants que leur corps leur appartient et que tout te monde dolt le respecter.

Surveillez les scènes de violence à la té1évision. Les films et les émissions qui établissent un lien entre le sexe et la violence transmettent aux enfants un message dangereux. Des chercheurs ont constaté qua ce genre de message a un effet très négatif sur les enfants.

Encouragez les attitudes et les comportements non sexistes. Répartissez, par exemple, le pouvoir, les responsabilités et les privileges de façon égale entre les garçons et les filles; soyez juste dans l’attribution des tâches ménagères, et découragez les plaisanteries et les moqueries à caractère sexiste.

Croyez ce que les enfants racontent. Il est rare qu’ils inventent des histoires d’agressions sexuelles pour faire du tort à un frére ou une soeur.

Est-ce que notre famille s’en remettra ?

OUl ! Même si la situation dure depuis longtemps, vos enfants pourront reprendre le dessus. Ils auront besoin d’amour et de compréhension, et il faudra les aider à y voir plus clair dans leurs pensées et leurs sentiments. Ils finiront par se sentir de nouveau comme des enfants normalux.

Tontes les familles connaissent des moments troublés lorsqu’un ou plusieurs de leurs membres ont des problémes. Tout dépend de votre capacité de faire face aux problémes. Sachez communiquer avec votre entourage et lui apporter votre soutien pour créer dans votre famille un regain tie confiance.

Suggestions de lectures

Wiehe, Vernon. Sibling Abuse: Hidden Physical, Emotional and Sexual Abuse (2nd ed). Thousand Oaks: Sage Publications, 1997.

O’ Brien, Michael. Characteristics of Male Adolescent Sibling Incest Offenders: Preliminary Findings. Brandon, Vermont: Safer Society Press, 1993.

Cunningham, Carolyn and Kee MacFarlane. When Children Molest Children: Group Treatment Strategies for Young Sexual Abusers. Brandon, Vermont: Safer Society Press, 1991.

Bank, Stephen and Michael Kahn. The Sibling Bond. United States: Basic Books, 1982.

Justice, Blair and Rita. The Broken Taboo. New York: Human Sciences Press, 1979.

Harper, James and Margaret Hoopes. Uncovering Shame. New York: Norton, 1990.

Napier-Hemy, John. When Children Act Out Sexually: A Guide for Parents and Teachers. Vancouver: Family Services of Greater Vancouver, 1991.

Ce fascicule fait partie de la série II des cinq livrets d’information sur la violence sexuelle:

Les filles victimes de violence sexuelle
Guide à l’intention des très jeunes filles (Cat. # H72-21/101-1994)

Les homages victimes de violence sexuelle dans l’enfance
Guide à l’inteniion des survivants adultes (Cat. # H72-21/102 1994)

Lorsque votre conjoint ou conjointe a été victime de violence sexuelle
Guide à l’intention des conjoints (Cat. # H72-21/103-1994)

Les adolescentes victimes de violence sexuelle
Guide à l’intention des adolescents (Cat. # H72-21/104-1994)

Les agressions sexuelles entre fréres et soeurs
Guide à l’intention des parents (Cat. # H72 21/105 1994)

La série I des livrets d’information sur la violence sexuelle comprend les fascicules suivants:

Violence sexuelle – Que se passe-t-il lorsque lu en parles ?
Guide à l’intention des enfants (Cat. # H72-.21-67-1991)

Les adolescents aux prises avec la violence sexuelle
Guide à l’intention des adolescents (Cat. # H72 21 68-1991)

Les jeunes garçons victimes de violence sexuelle
Guide à l’intention des jeunes garqons {Cat. # H72-21-69-1991)

Counseling en matière de violence sexuelle
Guide à l’intention des enfants et des parents (Cat. # H72-21-70-1991)

Les enfants sexuellement agressifs
Guide pour parents et enseignants (Cat. # H72–21 7l 1991)

Les livrets sont disponibles au:

Centre national d’information sur la violence dans la famille
Division de la prevention de la violence familiale
Santé Canada
Ottawa (Ontario)
Canada K1A 1B5
Tél: 1-800-267-1291
Télécopieur: 1-613- 941-8930
ATS: 1-800-561-5653

Health Canada
Ottawa, Ontario
Canada KIA 1B5

Tel: 1-800-267-1291
Fax: 1-613- 941-8930
TDD line: 1-800-561-5653

Credits -

VISAC Directors
Naomi Ehren-Lis
Terri Nicholas

Project Coordinator
Leonard Terhoch

Writer
John Napier-Hemy

Editors
English – Joanne Broatch
French – Johanne Raynault

VISAC - Vancouver/Richmond Incest & Sexual Abuse Centre
(604) 874-2938 / (604) 244-9319

Fréres et seurs

Dans ce livret, l’expression « fréres et soeurs » désigne les enfants élevés dans une même famille, qu’ils soient issus de lits différents, ou qu’il s’agisse d’enfants adoprés, en famille d’accueil ou natureIs.

Dans les exemples que nous avons choisis pour ce livret, les agresseurs sont du sexe masculin, Nous avons fait ce choix parce qu’il existe peu de renseignements sur les agressions entre fréres et soeurs et parce que ces rares informations proviennent d’études concernant des adolescents condamnés par le systéme judiciaire. On sait que certaines adolescentes exploitent sexuellement leurs fréres et soeurs plus jeunes, mais on ne posséde presque aucune information à ce sujet. On sait aussi que des garçons et des filles trop jeunes pour être condamnés s’en prennent sexuellement à leurs jeunes fréres et soeurs. Là encore, on est mal renseigné, parce que les choses doivent rester dans le domaine privé. Pour ces raisons, gardez à l’esprit que les exemples que nous utilisons, s’ils sont sont réels, ne donnent peut-être pas une idée exacte de la fréquence à laquelle les filles et jeunes enfants se livrant à des « activités sexuelles réprèhensibles ».

ISBN 0-662-61004-0

©1994 Family Services of Greater Vancouver
1616 West 7th Avenue
Vancouver, B.C. V6I 1S5
Tel: (604) 731-4951 Fax: (604) 733-7009
Ce matériel ne peut être reproduit pour des buts commerciaux!
VEUILLEZ maintenir l’information de copyright aussi bien que l’information de contact pour FSGV.

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